“Y a pas de hasard dans la vie!”

On a tous cette expression dans la tête. Et pourtant c’est rarement pertinent. Perso, j’en suis pas friand. Astrologie, numérologie ou tout bêtement simple hasard de la vie?

Vous avez dit “hasard”?

Pour l’anecdote, une fois, j’ai joué du piano dans un terminal d’aéroport. Richard Cocciante dans le texte. Une simple blague entre copains. On passait le temps avec le futur marié au chant. Quand soudain un mec a débarqué. Il nous a interpelés. “Bah les gars, c’est ma chanson ça!”. Richard en personne, Cocciante himself. J‘ai quitté le piano pour laisser le maestro. Il s’est mis à jouer, nous a regardés. Moment de grâce. On l’aurait voulu que ça ne serait jamais arrivé!

Revenons aux jumeaux. Parfois j’me dis aussi “Y a pas de hasard dans la vie”.

Premier acte

Le chiffre qui colle à la peau. J’ai rencontré la mère des enfants un 23 juillet. Ils sont nés un 23 juin. J’ai vu le jour le 23 mars et mon père le 23 aout. A nous 3, ça fait 3 x 23. 3 générations de garçons qui cocheront le même numéro sur les grilles du loto.

Deuxième acte

L’histoire qui bugg. Moi-même je suis né jumeaux. Né, car le fréro est malheureusement décédé. Quelques mois seulement de vie à 2. Jumeaux de courte durée certes, mais jumeaux quand même! Pas suffisant pour en conserver un souvenir, juste la tristesse des parents. Mais la folle impression qu’ils vont vivre la fraternité que je n’ai pas vécue.

Alors toujours pas de hasard? Un signe du destin? C’est un peu comme le copain d’y a longtemps qu’on croise dans le métro. Un concours de circonstance associé à un souvenir fort. Peut être ça, les hasards de la vie…

Deux minutes c’est long…

22h30 environ, 23 juin 2017, Paris. Je suis seul, dans la pouponnière. Enfin seul, une sage femme à ma droite, une à ma gauche. Un 4 mains salvateurs pour m’expliquer le b.a b-a. Je jubile. 9 mois à cogiter, et là Bam une plongée directe dans la réalité.

La doublette

En face de moi, un tas de corvées sympathiques. 4 petites mains, 4 petits pieds qu’il faut changer, peser, mesurer, monitorer, nourrir, chérir, faire grandir… Sentiment de responsabilité d’un coup, d’un seul. Supermaman est au repos alors c’est à mon tour de jouer les super héros.

Quand soudain, une voix m’interpelle :

“Monsieur, va falloir quitter la pièce.” C’est la sage femme. “Césarienne qui tourne mal, risque vital, des jumeaux comme vous, quittez la pièce derrière cette porte et patientez”.

Je m’exécute. J’obéis, comme depuis le début. Peur de ne pas bien faire. Intérieurement, je plane. Je ne réalise pas encore. Euphorie totale. L’adrénaline redescend très doucement. Ca se chamboule dans ma tête. Alors je quitte la pièce pour l’obscurité du couloir. A l’extérieur, y a un type dans le noir assis sur le canapé. Il n’a pas l’air serein. Très vite, je percute. C’est lui l’autre paire de jumeaux, l’autre père surtout.

Vraisemblablement, il a pas eu droit d’assister à l’accouchement. Vraisemblablement, il ne sait pas ce qui se trame de l’autre coté. Hormis les sages femmes, c’est pourtant la première personne que je croise depuis la salle d’opération. Envie de parler, envie de partager. Mais quoi? Quoi dire, quoi faire? Comment? J’ai pas les mots. L’empathie m’empêche de communiquer. Pas à lui. Pas maintenant. Alors le silence se fait long.

On a pourtant beaucoup de points communs : des jumeaux, deux garçons, les premiers, le 23 juin… 2 destins si proches et pourtant si éloignés. Lui l’angoisse, moi le bonheur. Comment tout ça va finir? J’ai du mal à réfléchir.

Heureusement, une voix nous a délivrés:

“Vous pouvez rentrer. Tout va bien. Vos jumeaux sont en pleine santé.”

Me voilà rassuré. Pour lui. Et pour moi. Très égoïstement, je voulais garder ma joie, mon excitation. Pas un souvenir nauséabond. Alors deux minutes, c’est long…